• jean de la croix

     

    JEAN DE LA CROIX


    Grenade 1581


    En l'an quinze cent quatre vingt et un suivant le soleil du Christ marchant sur sa quarantième année


    Aux cavernes des Égyptiens paraît un homme au dessous de la moyenne en son capuce blanc


    Au Couvent des Martyrs nouveau prieur des Carmes


    Pour apaiser la soif dévorante du Seigneur chez ses fiancées


    Qui fait de l'Alhambra construire un aqueduc


    Il porte dans ses yeux la vision céleste et vient achever ici ce cantique à Tolède entrepris dans la prison Gocémonos Amado familiarité de l'Âme envers Dieu son amant


    Jouissons mon bien-aimé puis allons voir en ta beauté


    Le mont et la colline d'où l'eau pure jaillit


    Entrons au plus profond dans le profond taillis


    Et d'abord aux cavernes hautes de la terre nous irons


    Si bien dissimulés


    Amour de Dieu furtif amour volé


    Adultère du ciel et de l'âme ô rendez-vous divin ô divine bravade


    Lieu de passe de l'enfer au paradis


    Et nous y entrerons


    Goûter le vin bourru de la grenade


    Que dit-il au delà des mots quel


    Blasphème admirable ou sainte moquerie et pourquoi


    Chez les Gitans cherche-t-il la couche obscène du Seigneur


    Quel enseignement cherche-t-il parmi vous proxénètes


    Qui dansez vos robes de couleur


    Autour du couple mystique


    Salut à toi Jean de la Croix les pieds nus t'en venant


    Parmi ces enfants de l'Inde comme si


    D'eux tu pouvais tirer leçon de sagesse anci-


    Enne et comme si leur impiété même veillait sur une petite flamme


    Ainsi qu'en portent les cœurs peints dans cette vie à l'étroit


    Salut à toi Jean de la Croix je t'attendrai Que le répons au chant d'Islâm


    De toi m'arrive et donne-moi neuve folie afin que j'y croie


    Jean de la Croix ne voit pas le Fou près de cent ans en arrière


    Jean de la Croix n'entend pas la question posée


    Et tant que sur le front de la fleur la plus humble il luit une goutte de rosée


    Jean de la Croix se défend dans sa parole à cause de la Sainte-Hermandad sans doute et sont les hautes cavernes selon lui


    Des mystères divins La pierre dont il parle


    Celle sur qui l'Apôtre a bâti son église et ce vin


    Bourru qui sourd des graines de la grenade


    Exprime ici que des merveilles de Dieu sort et s'essore


    L'unique jouissance et délectation de l'âme


    *


    Jean de la Croix je te demande


    Autrement qu'un corrégidor


    Ce qu'est l'homme et ce qu'est l'amour


    Ce qu'est la nuit ce qu'est le jour


    Jean de la Croix


    Il dit que l'âme est une lampe


    Et d'elle ne vient point le feu


    Il faut que quelqu'un le lui donne


    La flamme d'amour est de Dieu


    Jean de la Croix je te demande


    Non des mots pour l'Inquisiteur


    Mais d'éclairer la Nuit obscure


    De ta lumière


    Jean de la Croix


    Il dit que la flamme couronne


    La lampe comme le Saint-Esprit


    L'apôtre et la lampe n'est lampe


    Qu'autant que sa flamme a mûri


    Jean de la Croix je te demande


    Quelle est la sagesse secrète


    Ainsi qui fait lampe la lampe


    Jean de la Croix


    La vive flamme de l'amour


    Est pourquoi la lampe fut faite


    Sans elle qui n'est qu'un plomb lourd


    La flamme est l'avenir de l'âme


    Jean de la Croix je te demande


    De dire au clair ce qu'est la flamme


    Elle est l'avenir de la lampe


    Si je te crois


    Il dit à nouveau que la lampe


    Est l'âme et la flamme l'amour


    Une autre fois je lui demande


    D'où vient l'amour et qu'est la femme


    Jean de la Croix je te demande


    Qu'est l'avenir


    Le jour vient de t'en souvenir


    Jean de la Croix


    *


    Ubeda 1591


    Et quand il est à s'en mourir


    Jean de la Croix sur la montagne


    Se souvient de la nuit gitane


    Des enfants couleur de châtaigne


    Et quand il est à s'en mourir


    Mieux que prière et pénitence


    Il se souvient des longues danses


    Qui furent sa chapelle ardente


    Et quand il est à s'en mourir


    Au dernier moment de la cendre


    La guitare entre dans sa chambre


    Le feu reprend pour le chant sombre


    Et quand il est à s'en mourir


    Jean comprend sa douleur extrême


    La nuit obscure de lui-même


    Et les clous de Dieu dans son âme


    Jean de la Croix


    Jean de la Croix je te reconnais tu ressembles


    A tous ceux pour qui le rite et le dogme étaient prisons


    Et qui cherchèrent chemin droit vers Dieu laissant les lacets interminables de la raison


    Jean de la Croix tu n'es que le nom chrétien de tous ceux qui se damnent d'amour


    Jean de la Croix tu meurs autrement mais pourtant comme


    Mansoûr al-Hallâdj hors de ta religion comme lui car la Loi


    De Dieu toujours qu'il soit de Judée ou d'Islâm tu le sais met à mort les Saints


    La Loi de Rome ou de La Mecque inexpiable tient l'excès d'aimer fût-ce Dieu Jean de la Croix


    Et moi comme toi qui n'ai de passion mesure


    Je passe le lit de tes douleurs au delà de l'amour de Dieu


    Car la réponse est de ce monde à la question que je suis


    Qui s'en écarte se perd et ne trouve


    Que l'abîme au bout du raccourci quand la réponse est en ce monde-ci


    Dans ce monde-ci l'amour et l'accomplissement de l'homme


    Jean de la Croix


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    Aragon. Le fou d'Elsa



     


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